Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 18:51



ARMAUDE ET OLD

 

 

 

 

 

 

Armaude et Old se rencontrèrent bêtement, tout à fait par hasard.

A moins que ce ne fût jeu obscur de la Providence.

 

Se rencontrer, c'est vraiment peu dire : Armaude, éternelle rêveuse, marchait en scrutant le ciel. Quant à Old, dont le principal souci était de ne pas salir inopinément ses santiags en heurtant une sournoise crotte de chien, il regardait le sol.

 

Je disais donc, ils ne se rencontrèrent pas vraiment, mais se tamponnèrent, se heurtèrent.

Une fois le premier choc passé, leurs yeux se jaugèrent, se rivèrent, puis s'emmêlèrent.

Des éclats de rire au fond des prunelles, ils se sourirent, se comprirent et se plurent.

Entre eux, ce fut le coup de foudre.

 

La plupart du temps, où l'on voyait Armaude, on croisait Old.

Et où se trouvait Old, était Armaude.

Quand, par malheur, leurs obligations professionnelle respectives les séparaient, Old parlait d'Armaude à qui voulait bien l'entendre :

"Elle est merveilleuse, tendre, jolie, intelligente, bonne cuisinière, excellente ménagère".

En somme, elle avait toutes les qualités.

L'amour éblouit et égare.

 

Du côté d'Armaude, même son de cloche :

"Il est si compréhensif, si courageux, si sécurisant, si séduisant, attentif ; il fera sûrement un bon père".

Bref, tant de félicité ne pouvait avoir une seule issue : le mariage.

Celui-ci fut célébré en grande pompe et les deux tourtereaux, unis pour le meilleur et pour le pire, descendirent les marches de l'église, rayonnant  d'un bonheur indescriptible.

Chacun abandonna sa chambre de célibataire et ils firent appartement commun.

Tout marchait à merveille.

 

Aux congés d'été, ils décidèrent de s'offrir leur lune de miel, à retardement, et partirent pour Venise.

Ce fut dans cette ville enchanteresse que tout se gâta : Madame voulait visiter le Pont des Soupirs et Monsieur le Palais des Doges. Armaude désirait courir les canaux en gondole, Old avait peur de l'eau.

 

Ce soir là, en rentrant à l'hôtel, ils eurent leur première dispute, mais se réconcilièrent peu après sur l'oreiller.

Pourtant, le ver était dans le fruit : leurs rapports se dégradèrent de jour en jour.

Armaude ne supportait plus les ronflements de son époux.

Old se disait que sa femme était égoïste, qu'elle tirait les couvertures à elle, qu'elle puait la sueur et bougeait trop dans le lit commun, prenait trop de place.

Armaude repoussait maintenant violemment les pieds froids de son mari, posés négligemment sur son ventre brûlant.

Aussi, dans les derniers temps de leur séjour, firent-ils chambre à part.

 

Aucun des intimes du couple ne comprit pourquoi, la veille de leur retour, Old étrangla Armaude et se défenestra.

Pourquoi, au vu et au su de leur amour si VERITABLE ?

 

 

Par Bifitaille
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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 18:51

 


ERREUR DE JEUNESSE

ou

Comment la sagesse vient aux petits enfants

 

 



En ces temps là, si reculés que la notion même de temps qui passe n'était encore qu'un concept abstrait vivait, par groupuscules disséminées sur la planète Terre, une race d'êtres dissemblables, difformes, veules et méchants : les Zôms.

L'action se passait pendant la tiédeur d'une nuit profonde.

 

Un peu partout dans le monde, sous la voûte céleste constellée de myriades de taches luminescentes, sous la protection bienfaisante de dame Lune, des noctambules fêtards devisaient autour d'un feu de bois de fortune. Un observateur attentif aurait ouï des propos décousus, onomatopées paraissant dénuées de sens à ses oreilles contemporaines : "jéencorfin, y'enapus, ôdodo" et d'autres que je vous passe sous silence.

Néanmoins, en leur cercle restreint, les Zôms semblaient se comprendre. Soudain, un cri universel jaillit des gosiers rudimentaires : "Merdalor, keskisspass ?"

 

Là-haut, au-dessus de leurs têtes, les étoiles s'éteignaient une à une.

Quelque part, il y eut même ce qui parut une explosion et un astre mourut d'un décès rougeoyant.

La peur vint en premier, l'affolement ensuite. Puis ce fut la panique, sauf pour quelques nyctalopes gâtés par la nature.

Les Zôms se réfugièrent qui courant, qui rampant, en de proches cavernes.

A ce moment, comme pour ajouter à la pagaille, la lueur diffuse de la lune s'estompa, puis disparut à son tour.

Chacun, grelottant, se terrait dans son précaire abri, et ce fut de ce jour que ces infortunés habitants gardèrent au tréfonds de leur cœur une peur irraisonnée du noir.

Ce fut aussi de ce jour qu'ils se mirent à prier, invoquant des dieux absents jusqu'alors de leur folklore...

 

Bien des frayeurs plus tard un astre fantastique, d'éblouissante facture, creva l'obscurité, avançant progressivement vers une destination connue de lui seul. Et les Zôms, par peur de se retrouver dans les ténèbres, se mirent à le suivre.

C'est alors qu'éclata, insituable, un rire cristallin, une risette d'enfant.

Cela semblait venir de partout et de nulle part : d'un point de ciel inconnu. De ce ciel où, justement, un bambin d'un autre monde se faisait vertement sermonner par son père :

- "Je te l'ai dit mille fois, petit sacripant, de ne pas jouer avec

   l'électricité.          
   Imagine le capharnaüm que tu peux provoquer dans la galaxie.

   Je parie que tu as effrayé les bêtes !

   Monte te coucher immédiatement ! Tu es privé de dessert jusqu'à nouvel

   ordre !"

- "Oui, papa Dieu", répondit Jésus penaud, baissant la tête en signe de soumission.

Il regagna son lit et rêva plus que d'habitude : quand il serait plus grand, il aurait le loisir de s'amuser à sa convenance avec tous les jouets de cet univers si vaste.


 

Par Bifitaille
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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 18:50




GÊNE AISE

 

 

 

 

Premier jour :

Du chœur de l'incréé, le cœur de Dieu, soudain, soupira : l'Omnipotent réalisa qu'Il s'ennuyait. Fermement.

      "Nom de Moi", se dit-il, "il faut que je réagisse.

       Meubler ma Solitude, ce n'est pas si commode !"

Aussi fouilla-t-Il dans Ses tiroirs (emplis à ras bord de projets sans lendemains - le temps n'existant pas encore - ).

Devant un tri s'annonçant difficile, Il exhala un souffle caverneux, versa quelques larmes et, Se mouchant dans Ses doigts - le mouchoir n'existant pas encore -, secoua Sa morve qui tomba dans le vide.

Ainsi naquirent le ciel, la surface des eaux, et la terre.

 

Or, la terre n'était qu'ermite et désordre.

La pénombre couvrait les fond marins.

Dieu dit : "Que les réverbères éclairent!"

Et les lampadaires furent.

Dieu considéra le halo de bon aloi et le distingua des ténèbres.

Il les appela : " Nuit".

Il fut soir; il fut matin - un jour de plus.

 

Dieu dit : "Qu'un trait de mon génie s'étende au mitan des eaux et que barrière les sépare!"

Il fit le Space-Opéra, une séparation entre les eaux du haut et celles du bas.

Il appela cet espace "Ciel". Bonsoir Sophie, le matin se fit.

 

Troisième jour:

Dieu dit : "Que les pleurs répandus sous le ciel se réunissent, et que la clef du sol apparaisse!"

Il nomma le sol "la Terre" et le conglomérat des eaux "les Mers."

Puis Il façonna les végétaux, les herbes enfermant une semence, les arbres chargés de fruits.

Dans un fracas de rideau de scène, le soir tomba, puis se releva péniblement pour laisser la place à l'aurore.

 

Quatrième jour:

Dieu dit : "Que des corps lumineux se postent dans l'espace pour distinguer le jour de l'ennui! Ils seront juges des saisons, jours, mois, ânées*, lanternes du ciel éclairant la der des terres".

Deux grands luminaires: le plus conséquent affilié au jour, le plus petit pour filer la nuit.

Et, aussi, un piquetis d'étoiles.

 

Cinquième jour:

Dieu dit: "Que la terre produise des desseins animés, en espèces: bétail, reptiles, bêtes sauvages, poissons, oiseaux, dames oiseaux, dames oiselles!..."

Dieu dit : "Faisons le poulain à Notre image et l'homme itou. Que ce dernier domine sur toute créature, sur terre, dans l'amer et dans le ciel, sans jamais se retrouver « chocolat »!"

 

Mal et femelles furent créés en même temps.

Dieu leur dit : "Croissez et multipliez".

Ce qui malheureusement, plus tard, devait les diviser.

 

Il y eut un mâtin*.

Il y eut un bonsoir, il y eut des mutines.

Ce fut le sixième jour.

 

Dieu examina son Grand-Œuvre et en fut satisfait.

Achevés, cieux, terre et tout ce qu'ils enferment.

Dieu mit fin, le septième jour, à Sa création, et Se reposa.

C'est lors de l'un de Ses bâillements intempestifs que, sans S'en apercevoir, lui échappa Sa dernière création: les Corses.

 

*  Ne voyez pas là de faute de frappe : il s'agit bien, successivement, de la charge de l'âne, puis de quelqu'un de déluré.

 

 

Par Bifitaille
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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 18:50




CONCHITA, BLANCHE, ET LES AUTRES

 

 

 

 

 

Conchita, de La Garenne-Colombes s'assit, timorée, en face de sa coiffeuse, et bien que sûre de la réponse à venir, interpella sa psyché, enchâssée en deux arceaux mobiles: "Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle?"

Le miroir, gêné cette fois-ci, pris d'une peur panique à l'idée que la belle risquait dans sa colère indignée, dans son amour-propre outragé, de lui jeter à la face un de ses talons aiguilles, lui répondit d'un ton suave:

"Ô, divine Conchita, (il lui passait de la pommade pour adoucir l'effet de ses futures paroles) tu es toujours bellissime mais, et crois bien que je m'en trouve fort marri, j'en suis extrêmement désolé, cette fois-ci, il est au monde quelqu'un de bien plus belle que toi!"

"C'est pas possible, tu m'en veux, tu me mens! Tu me fais cher payer le fait que je ne t'ai ni lavé, ni séché, ni épousseté à la peau de chamois dont tu aimes tant la caresse furtive....."

"Ô, gentille Conchita (il continuait dans l'obséquiosité, tout en remuant le couteau dans la plaie), tu sais bien que je dis toujours la vérité".

"Et, pôpôdis, qui c'est, dis, qui c'est, la plus belle que moi? Qui c'est cette garce qui me vole le bien le plus précieux?"

"Elle s'appelle Dédé le Camionneur, d'Issy-les-Moulineaux; autrefois, elle était chef des travelos publics. Maintenant, elle officie en qualité de routier".

"Et qu'a-t-elle de plus que moi, cette affreuse Dédée (maudit soit son nom), qui ne me soit accordé?"

"Une chose que tu n'as jamais possédé, sauf quand des messieurs attentionnés ont bien voulu la partager avec toi".

 

Prise d'une subite illumination, Conchita comprit enfin.

Elle avait éprouvé les pires peines à se débarrasser de sa rivale, cette petite oie peu farouche de Blanche-Neige, lui piquant, par la même occasion, ses sept petits amants; si maintenant, aujourd'hui, présentement, elle devait faire face à de la concurrence déloyale, qui plus est nouvellement arrivée sur le marché, c'était à se taper le cul par terre! Le monde était devenu décidément bien dur; il s'avérait de plus en plus difficile de gagner sa maigre croûte.

Devant cet essor fulgurant qui la dépassait, Conchita se dit amèrement qu'il lui faudrait soit s'adapter, soit se recycler, ou se laisser mourir.

 

 

Par Bifitaille
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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 18:49




GRANDEUR ET MEGA-SCIENCE



 

 

Un éboulis soudain avait dégagé l'entrée d'une caverne inexplorée, puisque inconnue jusqu'alors.

L'enfant, témoin du phénomène, n'imagina pas une seconde les retombées qu'entraîneraient ses découvertes ; il s'avança au milieu des poussières en suspension, commença de gravir l'amas de rochers et de pierraille, puis se glissa précautionneusement dans un sombre et étroit goulot.

Après dix minutes de reptations difficiles, il déboucha dans une vaste salle, à la clarté aveuglante.

Des épées de glace pendaient du plafond, d'autres crevaient le sol.

"Des stalactites et stalagmites" pensa le garçon, se remémorant ses devoirs d'écolier : "tites" tombent et "mites" montent.

Ses yeux s'habituant peu à peu à la lumière crue, il entrevit des dessins presque estompés par le temps : des figures géométriques étranges, des reproductions d'animaux géants à l'air menaçant.

Il frissonna, pris d'une peur sacrée.

 

A sa droite, une énorme porte ogivale travaillée, ciselée, fermait l'accès à d'autres secrets.

L'enfant s'approcha, à la recherche de quelque mécanisme d'ouverture, puis se recula précipitamment : une lueur bleue se déclenchait abruptement, la porte coulissait dans un silence sépulcral.

Prenant son courage à deux mains, il franchit le seuil, se retrouvant béat de saisissement. Un friselis divin semblait habiter le sanctuaire violé incidemment.

Des senteurs melliflues embaumaient le gigantesque temple.

 

Johann s'approcha respectueusement d'un objet titanesque et entreprit d'en faire le tour.

Il compta vingt pas d'envergure aéronautique, et soixante de maritime, le système métrique de pas s'avérant fort approprié, l'ustensile en question étant une chaussure ; l'enfant eut le vertige en imaginant le pied qui avaient dû la chausser.

Plus loin, étalé sur un support rigide, un costume si haut que Johann n'en voyait la fin semblait le narguer du poids de sa grandeur.

Et toutes les choses réunies en ce lieu étaient à l'avenant.

Sauf...

Sauf, dans un coin, un vieux livre poussiéreux à l'aspect imposant, mais aux proportions quasi humaines.

Johann se saisit du vénérable grimoire, qui tomba en poussière entre ses mains.  Conscient d'une hérésie, il dispersa comme il le put l'objet de son délit sacrilège, et courut au village faire part de sa découverte.

 

Celle-ci changea la vie de ses congénères, suscitant des questions existentielles, mettant en doute leurs acquis.

Descendaient-ils d'une race de géants ?

Etait-ce là le repaire de dieux anciens ?

Que déduire de ces fantastiques reliques ?

De nouvelles sciences, de nouvelles religions naquirent et divisèrent la planète.

Seul, l'antique ouvrage aurait pu donner la clef de l'énigme. Oui, mais voilà... il s'était volatilisé, parti en fine poudre.

Sur la page de garde, il y avait écrit :

"Le livre des records saugrenus".

Et, en sous-titre :

"Des aberrations du gigantisme...

Les inventions humaines les plus farfelues, et les plus inutiles".

 

 

Par Bifitaille
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